Chaque matin, la même suspension dans les airs. Chaque jour, ces rêves de ciel bleu gâchés par cette vue grisâtre, terne, morne. Cette pluie si dense. Cette vue si faible qui me clouera au sol et qui me fera rester là, immobile, à regarder le passé sans parvenir à y remettre un pas.
Un rêve fiévreux qui m'empêchera d'être comblé, même si les ingrédients sont pourtant là, dans leur majorité. Trop exigeant ? Un rêve qui comme tous, restera inaccessible et me fera connaître la mélancolie jusqu'à l'écoeurement. Jusqu'à la fin cette adorable tristesse, ces douces larmes m'isoleront de ce monde et me protégeront à leur manière, me donneront le recul nécessaire pour réussir l'ascension de tous les cols, de justesse, à l'arrachée. Comme d'habitude.
Je ne sais pas si le bonheur rend vraiment heureux. Mais j'aimerai bien essayer. Rien qu'une seule fois. Ma vie n'a jamais connu le grand huit.
Elle fait déjà sourire le c½ur de quelqu'un et le destin a pour l'instant décidé que c'était très bien comme ça. Soit. J'attendrai. Tant de douceur, tant de tendresse, tant de lumière, tant de simplicité, tant de beauté, c'est un miracle, une exception qui confirme la règle. Alors oui, j'attendrai la fin de l'orage, j'attendrai de voir le monde autrement qu'avec ce regard désenchanté, j'attendrai de traverser les mers sans me soucier de mon dernier naufrage.
Alors oui, je t'emmènerai dans les profondeurs des vallées, sur le toits des astres, je nourrirai ton sourire pour qu'il ne s'éteigne jamais. Nos regards ne feront plus qu'un et nos bras se lieront pour l'éternité. Un jour, peut-être... Dans cette vie, tout semble possible, sauf ça.
J'ai tant besoin de toi pour la Grande Traversée, pour affronter les brumes et les tempêtes. Juste dissoudre mon désespoir dans ton amour.
Mais l'autre. Lui n'a pas à tricher, lui n'a pas à mentir, il te fait vivre dans un monde opposé et te tiendra éloignée du mien. Notre amitié en restera là et la Lune restera voilée.
Endormi, tes cheveux noirs perdus dans les méandres de la nuit. Je te couvrirai, te réchaufferai, t'embrasserai parmi les lianes. Dans un rêve, tu te tenais là, debout, à m'attendre à la porte. Et j'ai eu l'opportunité...
Mais dans la vraie vie, avec un autre. Cela lui semble si facile. Je pourrai peut-être lui demander. Il pourrait peut-être s'éloigner.
Je ne sens plus mes jambes, je ne sens plus mes mains. Allongé dans ce lit d'hôpital. Le destin, incapable d'attendre un jour de plus. Tout aurait été tellement plus simple. L'attente aurait été tellement plus sereine, depuis là-haut.
Dans un rêve... Tu te tenais là.
Vinc.